L'histoire des Shuars

Publié le par Claire Laot




Situation du groupe ethnique Shuar avant l’acculturation (milieu du 20ème siècle)


Comme le relate Jean-Patrick Costa dans son livre "Indiens Jivaros" la société Shuar d’avant l’acculturation était une société du "plaisir immédiat" sans modification de son environnement. Elle régulait sa démographie et son expansionnisme à travers une "guerre de prestige", des guerres de vengeance et non d’émancipation entre les communautés. Elle vivait en autarcie et en habitat isolé tout en subvenant à ses besoins par une agriculture légère, de la chasse, et de la pêche. Les communautés comptaient quelques familles qui vivaient de manière semi-nomade au gré de la fertilité des sols cultivés et du gibier. Enfin chacun jouissait d’une considération sociale de par son rôle dans la "guerre de prestige" tout en ayant un temps libre important puisque la masse horaire de travail ne dépassait pas 4h par jour. La relation de la vie courante aux esprits de la forêt était forte au sein de ce peuple, et c’est elle qui réglait l’harmonie entre l’homme et la nature.


C’est un des peuples d’Amazonie à avoir repoussé le plus longtemps les assauts de la colonisation. Cela leur valu leur réputation de guerrier assoiffé de sang en occident alors qu’ils ne luttaient que pour la préservation de leurs terres en réduisant les têtes de leurs ennemis. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que les premiers contacts entre les missionnaires salésiens ou évangéliques. et les communautés vivant à la périphérie du territoire shuar eurent lieu. Ils introduisirent « l’objet » dans les communautés ce qui fut la porte ouverte à la pacification de ce peuple à la tradition guerrière ancestrale.

 


Avec la pacification puis l’acculturation des Shuars on a assisté à l’écroulement de l’équilibre social. On a observé 2 types de réactions :

- acculturation importante : rassemblement en villages sur le modèle colonial

- acculturation moins importante : maintient d’un habitat en familles isolées mais contact régulier à la ville pour bénéficier de l’avantage de "l’objet" désormais indispensable au sein des communautés tels que les machettes, étoffes ou marmites en fer.

 

Une récente enquête montre bien la rapide acculturation des populations shuars :

- 10% ont l’électricité domestique

- 35% parlent espagnol

- 50% vivent dans des maisons de type "colon"

- 70% ont des enfants scolarisés

- 85% ont une production agricole régulière destinée à la vente


Situation actuelle des familles Indigènes shuars vivants en habitats isolés, peu acculturés


Ce peuple libre ne dispose maintenant plus de la totalité de ces terres pourtant essentielles à maintenir l’équilibre de leurs sociétés. Les territoires de chasse reculent sur le front d’une colonisation toujours active dans cette partie de l’Amazonie et le semi-nomadisme n’est plus qu’un souvenir.


Malgré la conservation d’une part important de leur mode de vie, les Indigènes dépendent désormais de la ville. Pour conserver leur mode de vie, ils développent des échanges avec les villages qui bien que composés d’autres Indigènes (qui jouissent d’un niveau matériel plus élevé) les utilisent. En effets, guides, intermédiaires divers issus des villages ne restituent aux communautés isolées qu’un faible pourcentage du bénéfice tiré des nouveaux échanges économiques avec les Indigènes.


Les populations les plus jeunes aspirent à se socialiser dans les villages de plus grande taille ce qui modifie de manière importante l’équilibre démographique des communautés. Ainsi les communautés de ces villages sont victimes de carences protéiques et malnutritions infantiles provoquées par la surprédation et la surexploitation agricole.


Le mode de vie en habitat isolé est en voie de disparition car profondément inadapté à la société moderne équatorienne, ainsi les indigènes abandonnent la chasse et lui privilégie l’élevage plus rentable. Il existe malgré tout, quelques communautés motivées qui souhaitent conserver leurs traditions et leurs croyances et cherchent des solutions économiques pour sauvegarder la culture Shuar sans pour autant tourner le dos à la réalité de l’Equateur d’aujourd’hui. Malheureusement ces communautés sont aujourd’hui isolées et manquent bien souvent de soutiens.


Les populations Indigènes shuars se sont fédérées depuis 1964 sous la bannière de la Fédération Shuar qui accorde de nombreuses aides aux indigènes mais qui est malheureusement impuissante à soutenir les populations faiblement acculturées.

 


Fondation Shuar (Federacíon Interprovincial de Centros Shuar)

 

La Fédération fonctionne comme un état dans l’état. Grâce aux aides extérieures, ses moyens sont considérables. Elle a obtenu par l’état que 75% des terres shuars soient reconnues comme une propriété inaliénable des Indigènes. Elle cherche aussi à assurer le développement économique de la population Indigène à travers l’ouverture de chemins publics, l’adduction d’eau potable, la fourniture de matériel agricole, …


Enfin elle assure un programme éducatif radiophonique en Shuar et en espagnol qui est devenu le soutien essentiel des nouvelles écoles bilingues. Malheureusement la fonctionnarisation d’une partie des employés de la Fondation ainsi que le soutien financier important apporté par l’état Equatorien mine l’indépendance de cet organisme. La sauvegarde de la culture Shuar ne fait donc pas vraiment le poids face au développement économique.


● Association Arutam


L’ONG Arutam a été crée à l’initiative d’un français Jean Patrick Costa et organise des programmes d’aide aux Shuars et soutien également d’autres organismes comme la Fondation Shuar. Elle soutient des projets dans les domaines suivants :



  • Santé : Médecine Occidentale, Médecine Traditionnelle, Chamanisme chez les Shuar, Mise en place de réseaux autochtones de pharmacies villageoises. Appui technique aux phytothérapies traditionnelles. Valorisation, Intégration, Légalisation des tradipraticiens dans les soins de santé primaire. Programmes de médecine intégrale (dynamiques sociales).

  • Rachat de Terres : Campagne Grand Public "Zéro Déforestation Shiwiar – Zapara"

  • Biodiversité : Programme de préservation des lieux et sentiers sacrés huichols (Mexique)

  • Cohésion ethnique et défense de la culture : Programme Huichol (Mexique)

  • Art : Echanges entre artistes, cours de dessins pour l’illustration des manuels scolaires shuar et montage vidéo

  • Langue : Sauvegarde de la langue Zapara (en stand by par manque d’expertise dans ce domaine)

  • Echanges interculturels : Invitation en France de leaders indiens, voyages et rencontres interethniques



Un partenariat avec cette ONG ne parait pas envisageable puisque nous ne travaillons pas à même échelle, En effet Arutam travaille de manière plus globale alors que notre action est essentiellement locale. Cela dit nos deux actions sont complémentaires.

 


● Fondation Tsunki Shuar


La fondation Tsunki Shuar est un groupe de musique et de danse traditionnelle visant à diffuser la culture shuar à chaque représentation. A l’initiative de deux leaders de la communauté de Tzunstu, Maria Shacay et Francisco Ecuador, le groupe diffuse sa culture à travers tout l’Equateur lors de festivals ou de présentations pour les touristes. Ces représentations permettent au groupe de vivre et d’apporter un petit soutien financier à la communauté. Pour l’avenir ils prévoient des projets plus ambitieux pour la défense et la reconnaissance de leur culture et de leur langue.


Commenter cet article