La communauté Tsuntzu est en danger... Interview

Publié le par Claire Laot



Les membres de la communauté de Tzuntsu avec qui nous collaborons dans le cadre du projet 2007 sont des Indigènes shuars. Les Shuars (ceux que les Espagnols ont surnommés les Jivaros) sont une des tribus Indigènes qui vivent dans la forêt amazonienne de l’Equateur. Leur population était estimée à 200 000 personnes à l’arrivée des Européens ; elle est tombée à 30 000 au XVIIIe siècle et compte aujourd’hui 80 000 membres. Dans l’ensemble, les Shuars se sont peu mélangés aux colons espagnols. Aujourd’hui, leurs tribus sont menacées par l’exploitation de la forêt et la prospection des compagnies pétrolières.


Les extraits choisis de l’entretien suivant réalisé lors du projet précèdant reflètent bien la demande de la communauté de Tzuntsu.

Extraits de l’interview de nos deux principaux partenaires :


Francisco Ecuador Sanchez Vivanco, 42 ans (au centre)

Maria Shakay Chup, 29 ans (à gauche)


 

Equateur269.jpg

 


 


Vous pensez que la culture shuar se perd?


M: Oui. Je pense que plus de la moitié de cette culture a disparue. […]

F: Il n’y avait pas d’école, mais l’éducation ancestrale était tout de même très stricte. […] Ensuite la civilisation est arrivée. C’était nouveau de voir des machettes. Parfois des avions. Quechua, Shuar, Ashuars sont allés à la ville pour voir tout ça. Cela nous a permis de modifier beaucoup de choses dans la nature mais nous sommes devenus métis et esclaves de métis. Maintenant nous sommes très énervés de voir comment les indigènes sont traités.


Vous dites que vous représentez le pays et la province. On voit des indiens sur les affiches touristiques, des calendriers, et pourtant vous êtes maltraités. C’est assez paradoxal.


F: C’est de la politique. Quand il y a des foires internationales, le ministère de la Culture envoit quelques indigènes et voilà. Leur but c’est de paraître bien pour eux-mêmes. Le gouvernement, les entreprises et les tours operateurs prennent 70% des recettes touristiques. Il reste peu pour les indigènes. Nous ne voulons pas être leur marionnettes et notre but est de montrer que nous existons.

M: Par le biais des autorités, nous avons participé à de grands événements, mais sans jamais être reconnus comme des “Indigènes”. Peut-être que parfois nous sommes un peu passifs, mais on sait maintenant se faire respecter et ne plus nous faire exploiter. Peu à peu ils nous prennent au sérieux. En même temps ils profitent toujours du côté de l’image.


Il y a des moyens de changer ça?


M: Ça serait bien de pouvoir dire “ça suffit”. Mais on a besoin de ça. Avec un travail qui nous soit propre on arrêterait. Mais quand on a besoin d’argent, on est obligé.


De quoi ont besoin les gens des communautés?


M: De presque rien. Une route. Mais ils ne font rien pour la construire. Pas comme quand ce sont les colons qui le demandent.


Et la Fédération shuar?


M: Malheureusement elle aide de moins en moins. En fait, ceux qui arrivent à sa tête oublient ce qu’ils avaient promis avant.


De quoi ont besoin les indigènes aujourd’hui pour préserver leur culture?


M: Des routes bien sûr, mais surtout des aides sur des projets qui n’abîment pas la forêt.


Le développement économique des communautés peut aider à sauvegarder leur culture?


M: Si une communauté peut vendre le produit de son travail et gagner de l’argent, cela fait que personne n’est obligé de partir. C’est forcément bon. Nous essayons de faire en sorte que personne ne doive partir. Mon message c’est que la vie des Shuars soit égale à celle d’avant. Mes grands-parents ne savaient pas ce qu’était un métis. Leurs idées étaient très pures et propres. Ils avaient beaucoup de confiance et ils se valaient par eux-mêmes. Ils vivaient jusqu’à 150 ans car ils étaient très savants. Pas de pollution ou de grippe. “La colonisation nous a ammené des maladies” disaient mes grands-parents. J’aurais voulu vivre comme quand j’étais petite: libre.


 

De ce dialogue on peut tirer deux demandes principales :

Besoin de préservation de l’identité Shuar par la diffusion et la reconnaissance de la culture Indigène
Recherche de nouveaux moyens financiers pour conserver le mode de vie Shuar

Commenter cet article